«[...]
A. LE BAS-BEAUJOLAIS OU BEAUJOLAIS BÂTARD.
C’est une zone montagneuse de terrains sédimentaires de l’ère secondaire comprise dans la boucle formée par l’Azergue et la Saône et limitée approximativement au Nord par le ruisseau le Marverand. La différence entre le Haut-Beaujolais et le Beaujolais bâtard résulte de la formation géologique du relief. Le sol du Beaujolais bâtard renferme du calcaire et ses collines sont moins élevées ; elles restent dans la limite de 650 m. [...]. »

(J.M) Rousset,
Nouvelle géographie du département du Rhône et de la région lyonnaise

 

Au pays des pierres dorées

Hameau de Saint-Clair
à Ville-sur-Jarnioux

Il y a encore trente ans, un auteur désireux de situer Theizé dans son cadre régional, aurait parlé du «bas-Beaujolais», voire, avec une pointe de mépris, du «Beaujolais-bâtard». Le premier de ces qualificatifs renvoie aux simples conventions cartographiques ; le second, traduisant le relatif déshéritement d’un terroir moins favorisé que son frère du septentrion, a perdu beaucoup de sa pertinence avec l’essor du Beaujolais nouveau et l’enrichissement qui en a résulté pour les producteurs de «simple» Beaujolais. C’est pourquoi nous retenons ici une appellation plus récente 4 qui a le double mérite d’avoir été choisie par les autochtones et de rendre à merveille la réalité du pays qu’elle désigne ; ce «petit paradis toscan[...] lumineux comme la pierre dont il est issu»5. Elle a pour nous également l’avantage d’évoquer un matériau de construction dont il sera question dans les pages qui vont suivre.

«Entre tous les villages, Theizé est l’un des mieux situés et des plus pittoresques. C’est du plateau d’Alix ou de la crête de Lachassagne que l’on découvre le mieux ses avantages et sa splendeur. Le bourg de Frontenas, pressé autour de son clocher roman forme comme un premier plan donnant tout son relief à Theizé accroché sur les pentes du Bansillon. Selon la saison et la qualité de l’air, le paysage se nuance. Quand l’orage menace dans une atmosphère saturée, le village devient plus proche, prend de la dimension et revêt un masque tragique. Mais dans la chaude lumière d’un automne ensoleillé, alors que le vignoble rougeoie, le village prend du recul et de la splendeur comme pour attirer à la découverte de ses ruelles secrètes, de sa vieille église et de son château endolori par le temps. À l’inverse, du sommet du Bansillon ou plus simplement de l’esplanade du marronnier à la cime du bourg, on découvre les bois d’Alix de sinistre renommée, les voisinées du Beauvallon, de Boitier ou de Ruissel, les ombrages du Clos de la Platière et le bosquet solitaire de Saint-Hyppolyte ou le vallon de Cruix6»

A ce portrait élogieux mais fidèle, dressé par l’ancien curé de Theizé, l’abbé Berthaud, on ne peut rien retrancher. Tout au plus, peut-on le compléter avec quelques renseignements plus prosaïques qu’a bien voulu nous fournir monsieur Michel Moriaud, le maire de la commune.
Theizé s’étend sur 1190 hectares dont 480 de vigne d’appellation beaujolaise, compte 980 habitants et scolarise 115 élèves dans trois classes primaires et une maternelle. Outre les exploitations viticoles et les petits commerces, les activités de la commune se répartissent (dans l’ordre décroissant des recettes de taxe professionnelle qu’elles génèrent) entre une cave coopérative viticole, un centre pour inadaptés légers —»le village d’enfants»—, un office notarial, une entreprise de maçonnerie, deux hôtels qui sont pratiquement les seuls du canton et une sorte d’auberge de jeunesse de luxe, gérée par des Anglo-Australiens, le «Contiki», qui a trouvé refuge au château de Cruix.



A
fin de donner une idée convenable de Theizé et des Theizerots, il convient de citer également l’intense activité associative et culturelle de la commune. En effet, en plus des différentes «amicales des classes», qu’on retrouve dans chaque village du Beaujolais et qui s’occupent de l’organisation annuelle de la fête des conscrits, des associations sportives (pas moins de cinq), du sou des écoles, de l’association paroissiale, de la société de chasse, de la fanfare —»L’écho du Beau-Vallon»—, du club du troisième âge, de la bibliothèque municipale..., on compte deux associations vouées à la mise en valeur du riche patrimoine architectural de leur petite cité : «l’Animation culturelle» et «Renaissance de Rochebonne». Elles ont notamment à leur actif la restauration du château de Rapetour, celle de l’ancienne église transformée en lieu d’accueil pour concerts et expositions et celle du château de Rochebonne, menée conjointement avec la mairie et qui va prochainement aboutir à l’installation dans ce lieu d’un «pôle œnologique»7. Enfin rappelons la création à Theizé du syndicat d’initiative des Pierres Dorées, association intercommunale de promotion touristique et d’animation culturelle dont les principaux initiateurs furent, en 1961, le maire, l’instituteur et quelques habitants de Theizé.
Theizé- Château de Rochebonne

A la richesse du patrimoine architectural, correspond, évidemment la richesse de l’histoire ; l’ouvrage déjà cité, Theizé en Beaujolais, fait le point en une vingtaine de pages sur les faits qui l’ont marquée depuis le néolithique jusqu’à la Révolution. Nous renvoyons donc à cet ouvrage, nous contentant de signaler une présence que l’on ne saurait occulter lorsqu’il est question de Theizé et particulièrement du Theizé révolutionnaire.

Il s’agit, bien entendu de celle de Manon Phlipon, la jeune épouse du ministre de l’intérieur girondin Jean-Marie Roland de la Platière. Celui-ci, originaire du Lyonnais, possédait à Theizé le Clos de la Platière, maison dans laquelle le couple résida notamment de 1784 à 1788, en un séjour qui, si l’on en croit cet extrait de la correspondance de Madame Roland, ne laissa pas que d’être agréable :
«À cinq lieues de Lyon au milieu des côteaux couverts de vigne, non loin de quelques hauteurs agrestes, nous avons pour point de vue une grande étendue de bois de chênes ; les sommets bleuâtres des montagnes du Dauphiné ceignent l’horizon dans le lointain et la crête gelée et brillante du Mont Blanc couronne la perspective ; là nous nous occupons de réparer le domaine de notre enfant, nous surveillons les travaux champêtres si doux pour les âmes saines et nous conservons la simplicité de nos goûts.
» 8


4 - Elle date de 1961, année de la création, à Theizé, du Syndicat d'Initiative des Pierres Dorées.
5 - Membres de l'Animation Culturelle de Theizé, Theizé en Beaujolais, p. 3.
6 - Ibid., p. 3.
7 - «C'est un lieu traitant de ce qui touche à l'activité économique essentielle de la région, c'est à dire le vin, destiné à atirer les touristes.»dans Theizé — Bulletin Communal, 1994, p. 3.
8 - Cité dans Theizé en Beaujolais.